L’art et la manière de faire un cadeau

lart-et-la-maniere-cadeau-annie-pratt-stocksnapCrédit photo : Annie Pratt via StockSnap.


Faire un cadeau, c’est l’une des premières choses que l’on apprend dans la vie. Dès l’école maternelle, on nous montre patiemment comment fabriquer colliers de pâtes, bougeoirs en pâte à sel ou décorations en rouleaux de papier toilette, et l’on se prête au jeu avec sérieux, pour la fête des mères puis la fête des pères, pour la Saint-Valentin, pour Noël, à la fin de l’année scolaire pour la maîtresse, et ainsi de suite (parce que nous sommes les premiers contents de trouver d’autres occasions). On s’y prend à l’avance, le temps de collecter les paquets de céréales vides et autres matières premières glanées ici et là, puis l’on fabrique en grand secret, on choisit avec soin les couleurs, on rajoute quelques paillettes, c’est qu’il faut que ce soit beau, vraiment beau, et l’on découvre tout à la fin, au moment d’offrir, parfois même sans en avoir pleinement conscience sur l’instant, que c’est aussi un peu un cadeau pour soi que d’avoir su faire plaisir.

Puis on grandit et on commence petit à petit à se rendre compte de l’importance qu’a le choix du cadeau dans nos relations avec les autres. Aux premiers goûters d’anniversaire, on voudrait arriver avec le cadeau le plus cool, dans l’idéal, celui qu’on voyait dans la pub à la télé ; c’est que nos cadeaux en disent beaucoup sur nous. Il vient même un moment où, pour les fêtes en famille, on renonce aux petits cadeaux bricolés avec plus ou moins de talent ; désormais, on voudrait offrir des cadeaux sérieux, utiles, des cadeaux éblouissants, pas comme ceux qui finissaient toujours derrière la vitre du buffet du salon. On commence donc à économiser son argent de poche et l’on se lance à son tour dans le shopping effréné des samedis de décembre. 

Mais les choses commencent à se compliquer vraiment quand on finit par se confronter en plus à ce que j’appelle les cadeaux de convenance. Il suffit d’un service rendu (il faut bien remercier), une invitation à dîner (on ne peut pas arriver les mains vides, tu sais bien, ça ne se fait pas), un cadeau pour l’un (il en faut un pour l’autre) ou pire encore, un cadeau reçu (il faut bien offrir un petit quelque chose en retour). Et c’est ainsi que l’acte tout simple, délicat et attentionné de faire un cadeau peut se transformer en véritable obligation sociale, et ça devient alors le pire des casse-tête. On le fait un peu par devoir, par politesse, pour ne pas faire de peine, on joue le jeu même si on se sent maladroit, alors on fait ça vite, pour s’en débarrasser une bonne fois pour toutes.

Et pourtant, y a-t-il quelque chose de plus décevant que de recevoir un cadeau qui ne nous ressemble pas ? Je crois que je préfère passer mon tour plutôt que de me retrouver avec sur les genoux un cadeau arrivé là pour la forme qui me force à afficher un large sourire hypocrite et à remercier chaudement en me demandant si, finalement, ce n’était pas une blague. N’y vois là aucune marque d’ingratitude ou d’étroitesse d’esprit, seulement, je trouve ça un peu triste. Pas besoin de ça entre nous, merci bien.

Bien sûr, la plupart du temps, la question ne se pose pas. On offre des cadeaux à nos proches, aux membres de sa famille, aux amis, c’est-à-dire, en général, aux personnes que l’on connaît vraiment. Alors les cadeaux sont déjà tout trouvés d’avance, c’est une évidence, et c’est tellement mieux comme ça. On prend plaisir à les choisir, on les emballe avec tout notre amour, et on sourit d’avance en rêvant au moment de les offrir.

Bon, il y a aussi des gens compliqués, forcément, pour lesquels il est toujours difficile de trouver une idée ; j’en fais partie, je le confesse. Je n’aime pas accumuler les objets, et avant de m’offrir quelque chose, je prends souvent le temps d’attendre et de réfléchir pour être sûre que j’en ai vraiment envie ; et si un objet ne trouve pas sa place dans ma routine, je finis à mon grand regret par le laisser de côté au bout de quelques semaines. Ça n’a pas toujours été le cas, mais aujourd’hui je me sens mieux comme ça. Alors, pour donner un petit coup de pouce à ceux qui voudraient me faire plaisir, comme ils ne peuvent pas toujours savoir ce qui se passe dans ma tête, et puis un peu pour moi aussi, pour savoir, j’ai pris l’habitude de dresser de temps en temps la liste de mes envies. Mes proches le savent, et quand vient Noël ou mon anniversaire, je la leur envoie, un peu timidement, il faut l’avouer. La surprise n’est pas gâchée pour autant, et tout le plaisir réside alors dans le fait de découvrir qui a choisi de m’offrir quoi, et à tenter de deviner ce qui aura guidé son choix.

Décidément, c’est bien vrai, les cadeaux que l’on fait en disent beaucoup sur nous.

Les secrets d’un cadeau heureux

  1. Oublier les cadeaux de dernière minute. Il faut prendre son temps, y mettre tout son cœur, prendre en compte les délais d’expédition si besoin, ou le temps de réalisation si on met la main à la pâte. Finis le stress et la foule dans les magasins. Et si on manque de temps, ce n’est pas grave : il suffit de rédiger un petit « bon pour … », c’est bien plus sympa qu’un « mieux que rien ».
  1. Penser à ce que l’autre aime vraiment (spéciale dédicace à ma cousine qui adooore des objets décoratifs super-kitch) (en vrai : ce n’est pas cousine).
  1. Ce qui n’empêche pas de choisir un cadeau qui a du sens. C’est pour ça que je continuerai à offrir des livres malicieux à mon voisin monomaniaque des jeux vidéos ultraviolents ou des objets durables à mon tonton consumériste (en vrai : ce n’est pas vraiment mon voisin, ni mon tonton non plus).
  1. Choisir des cadeaux de qualité, qui pourront durer longtemps. Et pourquoi pas fabriqués localement. C’est l’artisan du coin qui sera heureux, ce coup-ci.
  1. Si tu ne sais pas quoi offrir, alors tu n’offres rien du tout. Et pour les situations où il faut vraiment trouver quelque chose, il suffit de faire simple : un pot de confiture maison, ou une jolie petite plante (rustique, la plante, on ne sait jamais). En réalité, il y a tellement de façons d’avoir des attentions pour quelqu’un, qui n’ont pas besoin de papier cadeau. Cap ?
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