Lire à deux

Lire à deuxPhoto : Tim Perry.


On entend si souvent (mais pourquoi, pourquoi ?) que la lecture est une affaire de solitaires, un loisir pour les premiers de la classe, pour ceux qui, trop renfermés, préfèrent le calme un peu austère de l’étude aux vraies choses de la vie. D’ailleurs, quand on lit une histoire à quelqu’un, et ce même si on se prête au jeu, malgré tout, plutôt volontiers, ça reste comme un service que l’on rend : on lit à un enfant pour qu’il s’endorme, en attendant qu’il apprenne à le faire tout seul, on lit aux malades et aux personnes agées pour les distraire, on lit à ceux qui ne lisent pas en espérant leur donner envie de lire à leur tour. Mais pourquoi ne pense-t-on jamais à lire ensemble, comme on irait voir un film ou faire une promenade ?

Oh, bien sûr, les lectures se partagent, au moins sur les réseaux sociaux, en tout cas, comme tout le reste : on partage sa #Vendredilecture, on remplit sa bibliothèque sur Babelio, on donne son avis sur Good Reads, on trouve même son club de lecture. Oui, les lecteurs sont sociables. Et c’est pour ça que lire ensemble est si bien.

Quand je parle de lire ensemble, j’entends par là : aller ensemble examiner la tranche des livres sur l’étagère, en choisir un qui nous fait envie à chacun puis s’installer, ensemble, dans une même pièce, au même moment, pour commencer l’histoire côte à côte, pas toujours exactement au même rythme mais c’est pas grave, « tu me dis quand je peux tourner la page ».

C’est ce qu’on faisait quand on recevait un livre qu’on avait très très envie de lire et qu’il nous fallait le partager entre frères et soeurs, ou quand venaient des moments d’ennui, et qu’on n’avait qu’un seul livre à portée de main, pas forcément fameux d’ailleurs, pour passer le temps.
Ça n’était pas toujours très confortable, mais ça avait quelque chose en plus, de chaleureux, ne serait-ce que le plaisir d’être ensemble et de partager quelque chose rien qu’à nous.

Un jour, avec l’Amoureux, on a retrouvé ça. Nous voulions partager certains de nos livres préférés. Alors on s’y est mis, à voix haute, un chapitre lui, un chapitre moi. Petit à petit, c’est devenu un rituel du soir, et des dimanches après-midi pluvieux, aussi.

Lire à haute voix donne une toute autre dimension à l’acte-même de lire : pour commencer, c’est beaucoup plus long, on devient aussi plus sensible aux mots, à leur sonorité, il faut trouver comment poser son souffle, et lorsque vient son tour d’être celui à qui on lit, il faut alors réapprendre à entrer dans l’histoire à travers la voix de l’autre ; et moi, j’avais oublié à quel point ça peut être difficile…

Lire à deux peut aussi être un moyen de s’attaquer ensemble à un pavé que l’on n’aurait pas osé affronter seul. Pour nous, en ce moment, c’est Le Trône de Fer. Toute seule, j’avais vite décroché, mais là, ensemble, on a du mal à s’arrêter (« Encore un dernier petit chapitre ? Après on dort », bis).

La science l’a prouvé, lire (c’est encore plus vrai pour les romans) rend plus empathique ; alors lire à deux ? Pour moi, cela aide à se retrouver, mais aussi à créer des liens, en partageant des expériences, des pensées, même fictives, en nous permettant de prendre du recul, d’en discuter.

Aller, cap, ce soir on range le scrabble et on se fait une petite lecture tous ensemble ?

À lire :

George R. R. Martin, Le Trône de fer, intégrale t. 1, J’ai lu, 2010, 785 pages, 15,90 €.

Jean-Paul Didierlaurent, Le liseur du 6h27, Gallimard, coll. « Folio », 2015, 208 pages, 7,10 €.

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