Les carnets de Cécile

Carnet répertoire avec une couverture en papier japonais, crayon de papier recouvert de papier japonais, Boutique 2C.
Carnet répertoire avec une couverture en papier japonais, crayon de papier recouvert de papier japonais, Boutique 2C.

 On m’a dit un jour qu’il fallait toujours avoir un carnet sur soi.

Pour noter une information importante, au cas où, ou pour ne pas laisser une idée s’échapper. (Si mes souvenirs sont exacts, c’était mon professeur d’Histoire du livre, à son tout premier cours. C’était un prof génial, comme on n’en croise pas souvent dans une vie d’élève : un de ceux dont tu comprends tout de suite qu’ils ont beaucoup à t’apprendre, et que cela dépasse le cadre d’un cours, avec un charisme qui en impose, un de ceux qui, si d’aventures tu leur posais une question à laquelle ils ne sauraient pas répondre, font des recherches pour t’apporter la solution au cours suivant. Et donc, parmi tout ce que cet homme nous a enseigné cette année-là, je me dis parfois que la leçon la plus importante était peut-être bien celle-là.)
Depuis, j’ai donc toujours un carnet à portée de main. J’aime pouvoir y laisser quelques miettes du quotidien, j’aime le choisir dans les rayons de la papeterie, j’aime que sa couverture soit jolie pour inspirer de jolis mots, j’aime le toucher du papier, j’aime gribouiller, arracher une page pour laisser un mot doux (ou pas du tout), imaginer, noter les « à faire » pour plus tard, écrire, tout simplement, ou, de temps en temps, glisser une fleur à faire sécher.
Si je te raconte tout ça, c’est parce qu’il y a quelques temps, une amie à moi s’est lancée dans un projet qui fleure bon le papier : elle s’appelle Cécile, elle a 25 ans, elle est installée à Arles où elle exerce le métier de relieuse d’art. Et elle fabrique, entre autres, de très jolis carnets. Comme j’avais très envie de te parler de son travail, je suis allée à sa rencontre le jour de son premier marché de Noël ; manque de chance, il faisait un froid glacial, mais nous avons pu trouver refuge dans un coin bien douillet où nous avons papoté un peu. (Au début, c’était un peu bizarre, d’un côté moi qui suis encore très mal à l’aise quand il s’agit de parler de mon blog « dans la vraie vie », et de l’autre Cécile qui devait présenter les fruits de son travail ; je ne sais pas laquelle de nous deux était la plus stressée !)

Cécile au marché de Noël
© Boutique 2C

Alors, Cécile, raconte-nous : en quoi consiste ton métier, exactement ?

C’est un savoir faire qui existe depuis le Moyen-Âge, c’est-à-dire depuis que le livre ne se présente plus sous la forme d’un rouleau (aujourd’hui, le métier a gardé ce côté très traditionnel, d’ailleurs les outils n’ont pas tant évolué que ça depuis le 18e siècle). Concrètement, je peux fabriquer un livre du début à la fin : je choisis le format, les matériaux, la couleur des pages (j’aime beaucoup choisir le papier), puis je m’occupe de plier le papier, de le coudre et de le couvrir. Ça, c’est le côté création. Côté reliure traditionnelle, c’est plutôt le cas où on m’amène un livre, généralement en piteux état, et je le répare pour faire en sorte qu’on puisse de nouveau le lire sans l’abîmer.

Donc, si j’ai bien compris, tu peux être amenée à travailler sur un Marc Lévy usé après avoir été lu 500 000 fois comme sur une édition originale du siècle dernier, c’est ça ?

Voilà. Là, par exemple, j’ai une cliente qui m’a confié un Victor Hugo qui date du début du 20e siècle (pas très vieux, donc) qui était vraiment abîmé et que j’ai dû entièrement restaurer. C’est très gratifiant ! Et à côté de ça, j’ai très envie de refaire la collection des Harry Potter reliée plein cuir, avec des dorures et tout, comme un grimoire… Ce serait un peu mon rêve de petite fille ! (Et je pense que je vais le réaliser assez rapidement !) Ça permet de créer un livre personnalisé, unique.

Peux-tu nous dire comment tu en es venue à faire ce métier-là ?

J’ai toujours été (un peu comme toi Laëtitia) passionnée par les livres. Donc, très simplement, je suis devenue libraire. C’est le métier que l’on connaît. J’ai vendu du livre, j’ai découvert cette relation un peu particulière avec les clients, avec les fournisseurs, avec la hiérarchie. Et en fait, je me suis rendue compte que la vente, c’était pas un domaine qui me plaisait.
Je ne sais plus exactement quand est-ce que j’ai découvert le métier de relieur. Mais en grandissant, en lisant, en parlant avec des gens, tu finis par te rendre compte qu’il n’y a pas que les métiers dont on te parle quand t’es ado. J’ai rencontré un relieur avec qui j’ai eu une discussion passionnante sur le livre, la beauté du livre, l’objet livre… Et toucher le livre de cette manière-là, ça me plaisait vachement.
Parallèlement, il s’est passé des trucs pas très sympas dans ma vie, et j’ai eu besoin de changer. Et là, mon copain m’a demandé : « si tu n’es pas libraire, qu’est-ce que tu veux faire ? » Alors je me suis lancée. J’ai fait un CAP en Art de la reliure, à Forcalquier, en un an.

Qu’est-ce que cherches à transmettre, dans tes créations ?

J’ai envie que les gens retrouvent le plaisir d’écrire. Des listes, des mots d’amour, des petits poèmes, des petites phrases, des citations… Des petits trucs qui ne vont pas forcément changer ta vie, pas le roman du siècle. Je voudrais que les gens retrouvent cette habitude de prendre un crayon et d’écrire. Même si c’est juste la liste des courses, peu importe. Qu’ils sentent le papier, qu’ils touchent quelque chose d’autre qu’un clavier, qu’un écran.
J’aimerais bien qu’il y ait avec mes carnets une expérience du papier assez particulière. Par exemple, j’ai vraiment envie que tout soit fait à la main, y-compris le papier, donc. J’aimerais bien faire mon propre papier. Quand je choisis le format, les matières, je cherche ce qui va « bouillonner l’imagination », tu vois ce que je veux dire ?
J’aime que les gens aient des idées en voyant mes carnets.

Tu parles de fait main ; est-ce qu’à côté de ça tu as des ambitions éthiques, comme privilégier le local ou travailler de façon écologique ?

En ce qui concerne le local, dans le papier, c’est pas vraiment possible, parce qu’il n’y a pas ou peu de fabricants. Par contre, j’ai une volonté écologique, c’est clair, d’où le soin que j’apporte dans le choix des matériaux que j’utilise. Et en faisant mon propre papier, je pourrais recycler mes chutes de papier.

Maintenant, je voudrais savoir : aujourd’hui, ça fait quoi d’être artisan et autoentrepreneur à 25 ans ?

Pour l’instant, ça fait seulement deux mois que je suis installée, donc je ne me décourage pas. Mais très honnêtement, vivre de mon métier, ça va être très difficile. Parce qu’il y a beaucoup de charges, parce que tu travailles sans arrêt, et que les ventes ne sont pas forcément là. C’est un métier qui se perd… C’est un peu pareil pour tous ceux qui font de l’artisanat d’art.
Après, par rapport à mon âge, j’ai parfois l’impression que l’on ne me prend pas vraiment au sérieux. Mais peut-être que j’ai encore un peu de chemin à faire pour prendre confiance en moi…

Pour finir, je voulais savoir à quoi ressemble ton carnet à toi ?
(Là, elle a eu un rire gêné et m’a répondu en chuchotant :)

C’est un carnet tout bidon, noir, tout simple… (Rires).

***

Voilà, je remercie Cécile pour ce chouette moment passé ensemble ☺

Tu peux retrouver ses créations sur sa boutique Etsy. Voici mes coups de cœur :

1. La box de Noël
2. Le livre doudou
3. Le livre blanc
4. L’agenda perpétuel
5. Le répertoire

(En plus de ça, Cécile peut aussi te créer des carnets personnalisés à la demande. Et oui, c’est aussi ça l’artisanat.)

Et ton carnet à toi, il ressemble à quoi ?

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